Xavier Charles
LA PIECE
   
  La pièce est un trio d’improvisation sonore et spatiale. Deux dispositifs électroacoustiques, une clarinette et un dispositif microphonique tel est l’atelier d’où naissent les improvisations. La projection du son est multiphonique, elle trace des espaces éclatés et mobiles. C’est un studio électroacoustique installé sur scène et une clarinette étirée, zoomée par les microphones. Les sons se mélangent avec une grande liberté. La musique est fournie, contrastée, parfois acide, un peu crépue.
 

As I get older I get out less. This is largely the result of having small children and many domestic duties. Staying in changes how I listen to music. In previous decades music that I sought out socially in concert halls, clubs and festivals always appeared celebratory, regardless of its intent: as if its very structure and aesthetic were determined by its location. Staying in - listening to music mostly on headphones in snatched, private moments - renders the music private. The music on this CD sounds like it doesn't get out much and I admire it for that. It seems content with its narrowed social world - or is that me ? That is not to say that it's self-regarding. It appears to afford an array of perspectives on the notion of the social.

It has always seemed to me that music's most active meanings are those the listener wrests from it, interpretations `wrought from social activity,' as Simon Frith has put it. With social activity comes a host of histories - of identity, of circumstance, of listening - in my case, of almost thirty years of listening to electronic music, electroacoustic music and free improvisation. These broad genres characterise much of the music here. The improvisations of clarinettist Xavier Charles are by turns ruptured, invisibly mended and reconfigured by the `acousmatic pratique' of Carole Rieussec and Jean-Christophe Camps (Kristoff K. Roll = Christophe Carole). Those almost-thirty years seem to make this music mine. Up to now, I've largely heard music as `other' - as the music of composers, of performers; the music of external purpose, narrative, form - genetically or descriptively `of`` someone or something else.

The qualities that reside in this music reveal themselves to me as elements in a set of social relations, completed by my own self. La Piece is the music of this particular listener. Its title is replete with meaning for me. La Piece: the room (the domestic, the private); the play (a drama completed by my participation as listener); the part of a mechanism or a machine (its sound sources and their manipulation; again, a part that is made whole by the listener); a fragment (ditto). Note the definite article: `La.' This is not any instance of the above; it is THE instance. In an inconspicuous corner of the living room sits this music in a chair that fits it perfectly. Comfortable yet far from complacent. Undemonstrative but able to make the most expansive gestures with utter facility. Never histrionic, yet not afraid to assert what is necessary. Apart, but in the thick of it. I will only ever hear this music on headphones. This is the best music I've (n)ever made.

Chris Atton

 

 

The Wire (Angleterre) juin 2000.

Kristoff K Roll / Xavier Charles: La Pièce "Tout d’abord on enregistre le métal, des fontaines ou n’importe quoi, mais dès qu’on ne les voit plus, ce sont des bandes que l’on écoute, avec tout ce qu’elles ont à dire. On n’écoute plus ce que l’on voit. On utilise les sons comme des instruments sans lien avec leur origine. Ce n’est plus une clarinette, une source ou un piano, mais un son, avec une forme, un développement, une vie propre." Si vous vous rappelez un instant, la définition que donne Luc Ferrari de la pratique de la musique concrète, vous verrez qu’elle a beaucoup de points communs avec l’improvisation. Ce sont justement sur ces points communs que "La Pièce" se penche.

Kristoff K.Roll n’est pas un de ces groupes composés d’un seul Allemand excentrique, mais un duo constitué de Jean-Christophe Camps et Carole Rieussec (d’où le nom de Kristoff K Roll). Ils jouent sur “dispositifs électroacoustiques”, à savoir des dispositifs permettant le jeu d’ "Objets trouvés", de sons fixés (des échantillons), et aussi de matériaux sonores pré-enregistrés et de transformations en direct. Bien que leur travail soit une évolution logique des expériences du GRM et de ses membres fondateurs, je me demande ce que Pierre Schaeffer aurait fait de ces tortillements, grincements, écrasements et autres crissements des Kristoff K.Roll ou de leurs acolytes, comme Jérôme Noetinger de chez Métamkine.

En écoutant plus attentivement, il y a une délicatesse et une justesse de frappe dans le travail de KKR qui masque souvent les origines temps réel. Ajoutez à cela les improvisations du clarinettiste Xavier Charles, qui sont comme “grumeleuses" et qui rappellent des bruissements d’insectes, et vous aurez "La Pièce", trio qui s’est présentée pour la première fois en public au festival de Fruit de Mhère en 1998. Voilà, le décor est prêt pour plus d’une heure d’une musique ensorcelante. La clarinette, contrairement au saxophone, se prête mieux à l’atmosphère de la musique contemporaine (hors contexte certains extraits peuvent passer pour le "Dialogue de l’Ombre double" de Boulez ou "Madrigal III" de Pousseur). Quoique à l’instant même, où vous pourriez croire à une de ces "offrandes" assommantes d’un des ces ballots de l’IRCAM, les Kristoff K.Roll envoient une série d’aboiements de chiens ou, comme dans "Le Petit Salon Moutarde", quelque chose qui sonne comme si un mixeur à viande vous avait été implanté derrière les tympans et qui - lentement mais sûrement - vous “éclate” le cerveau.

Dan WARBURTON

OPPROBRIUM New-Zeland

Kristoff K.ROLL est le pseudonyme du duo français d'électroacoustique composé de Jean-Christophe Camps et de Carole Rieussec; leur seul disque précédent à ma connaissance est "Des travailleurs de la nuit, à l'amie des objets", chez Metamkine. Dans ce disque ("La Pièce"), ils échangent avec un nouveau venu, Xavier Charles, leur compatriote et clarinettiste en un magnifique et spectral bouquet sonore. Est-ce l'enregistrement d'une improvisation en direct, ou comme pour John Butcher et Phil Durrant, un dialogue, ce n'est pas très clair. Il y a des instants où çà ressemble à un dialogue, mais à mon avis les meilleurs moments de "La Pièce", c'est quand cette œuvre se focalise sur l'interaction pure entre clarinette et électronique. Camps et Rieussec nous concoctent un arrière-plan de sons perpétuellement en mouvement qui craquent - frémissent - geignent à mi-voix, lentement, derrière le bouillonnement de la clarinette de Charles qui est elle dans une tonalité éclatée et fragmentée à l'Anglaise. De tous cela résultent des moments sonores vaporeux et fantomatiques. Néanmoins, cet album est merveilleusement élusif et astucieux, surtout par le rythme ostensiblement lent dans lequel se développent les improvisations qui décrivent des paysages sonores "minimalistes", pleins de réverbérations et d'échos; rythme néanmoins trop rapidement changeant pour qu'on ne puisse jamais l'immobiliser (l'attacher avec une épingle). Les auteurs introduisent périodiquement de façon délibérée des sons faux pour pimenter le tout, il suffit d'écouter les frémissement de l'écume des flots électroacoustiques qui parsèment "Le Petit Salon Moutarde" pour en être certain, les deux bords échangeant dans un dialogue réfléchi et brillant pendant toute la durée du disque (pour être précis un petit plus qu'une heure). Venant de nulle part, cet étourdissant disque est certainement un des meilleurs de l'an 2000. Je vous le recommande vivement.

Nick CAIN.

   
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